L’éco-construction « à la provençale »

29 avril 2008

La tradition de la construction en pierre est toujours vivante: Jean-Jacques Lohier (www.batir-provencal.com) nous présente quelques principes de la construction qui peuvent s’appliquer à la construction neuve en pierre dans le sud de la France.

Maison bioclimatique et intégration

La maison bioclimatique économise l’énergie par des apports solaires et une implantation réfléchie. Mais l’autonomie énergétique ne doit pas être un objectif à atteindre à n’importe quel prix. Ainsi en plus d’utiliser des matériaux non polluant et recyclables, l’habitation doit s’intégrer non seulement dans les paysages, mais aussi dans les usages, les coutumes et la nature. Les maisons bioclimatiques doivent s’inscrire discrètement dans leur environnement immédiat et pour cela, quoi de plus approprié que d’utiliser les matériaux disponibles sur le lieu d’implantation ou à proximité. Selon l’environnement et la région, cela peut être le bois, la terre, la paille ou la pierre. Il n’y a donc pas de solutions universelles et les options architecturales sont aussi fonction du climat et de la latitude.

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Bioclimatisme en Provence

Dans cette région, les hivers sont doux mais peuvent être rigoureux suivant le lieu d’implantation. La période estivale comporte au moins trois mois de forte chaleur. Par conséquent la maison est doublement énergivore (chauffage en hiver et climatisation en été). Le défi de la conception bioclimatique en Provence sera de pouvoir se protéger passivement du climat tout en conservant le cachet provençal de l’habitation. La démarche climatique doit se développer sur deux saisons :
En hiver, avec pour objectifs de :
- Capter la chaleur
- La diffuser
- La conserver

La maison se caractérise par une bonne implantation. Elle doit être protégée des vents dominants l’hiver, sa façade principale est orientée plein sud, les façades est et ouest sont protégées par des bâtiments tampon (garage, atelier…). La façade nord comporte très peu d’ouvertures, les pièces de service sont au nord (cellier, salles de bain, toilettes…), les pièces principales au sud, sud-est.

En été
Avec pour objectifs de :
- Se protéger du rayonnement solaire
- Maintenir la fraîcheur des locaux
- Ventiler

Les ouvertures sont plutôt étroites et hautes pour laisser entrer la lumière mais pas la chaleur.
Les murs extérieurs sont recouverts de végétaux à feuillage caduc et garnis d’une treille.
Une tonnelle et des arbres d’ombrage viennent compléter la façade sud.
Les murs en pierre des pièces principales orientées au sud/sud-est, présentent une forte inertie thermique. Ils ont l’avantage d’absorber la chaleur et pourraient ne pas être isolés. (En hiver les déperditions de chaleur sont limitées grâce aux bâtiments tampon et au rayonnement solaire sur la façade sud.)

La pierre, le matériau idéal de la maison bioclimatique provençale ?

La pierre, omniprésente en Provence, est disponible. Elle peut être ramassée sur le site ou provenir d’une carrière locale.
Utilisée depuis des siècles pour construire, c’est un matériau qui est maintenant facile à mettre en œuvre à l’aide des outils modernes (tractopelle, élévateur, tronçonneuse….).
Elle contribue au charme des maisons de cette région.

Outre l’esthétique et le charme, construire une maison en pierre aujourd’hui, apporte des avantages indéniables sur le plan énergétique. En effet, pendant l’été, les murs de pierres stockent la chaleur de la journée, contribuant ainsi à garder les locaux frais.

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Ils restituent ensuite une partie de cette chaleur la nuit (voir schéma). Les locaux sont donc maintenus à une température bien agréable au petit matin.

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Ce phénomène, appelé inertie thermique du mur, apporte un grand confort aux occupants, il joue un rôle d’amortisseur des températures.

Inertie thermique et isolation

Nous venons de voir que l’inertie thermique d’un mur en pierre apporte du confort et permet même d’économiser l’énergie que consommerait une climatisation en été. Néanmoins, pour ne pas voir augmenter la consommation d’énergie de l’habitation en hiver, il est aussi nécessaire d’isoler.

Une isolation intérieure à l’avantage de conserver le charme de la pierre à l’extérieur, mais a pour conséquence de supprimer l’inertie thermique d’un mur en pierre.

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Une isolation extérieure permet de conserver l’inertie thermique d’un mur en pierre, mais dénaturera par contre le charme provençal de l’habitation.

Remarque: Ce qui suit ne concerne pas les maisons anciennes dont les murs et les sols construits directement sur la terre ou la roche sont souvent humides, les menuiseries défaillantes et l’isolation inexistante. Agréables en été ces maisons sont froides en hiver et difficiles à chauffer.

Prenons par exemple comme hypothèse :

1. les murs des pièces de séjour (pièces principalement orientées au sud, sud-est) ne sont pas isolés afin de profiter de la fraîcheur en été, grâce à l’inertie thermique.

2. Les pièces de service, les salles de bain, toilettes et en général les murs au nord et à l’ouest sont isolés par l’intérieur.

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Rappels :

- La réglementation thermique 2005 (RT2005) est applicable à tous les permis de construire déposés à partir du 1er Septembre 2006.
- Son objectif est de réduire la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre (CO2) des logements.

- La consommation énergétique maximale de l’habitation (chauffage et eau chaude sanitaire) est définie par type d’énergie (fuel, gaz, énergies renouvelables….) et zone climatique (voir la carte de France).
Par exemple en zone H3, la consommation maximale d’une construction neuve équipée d’une pompe à chaleur ne doit pas dépasser 130kwh par m2 et par an.

- La RT2005 valorise les techniques constructives ayant un impact positif sur la maîtrise de l’énergie en confort d’été. Ainsi les systèmes de rafraîchissement passifs sont avantagés et les consommations d’énergie liées à la climatisation sont intégrées dans le calcul afin de maîtriser le recours à celle-ci.

- Pour l’hiver, les solutions mixtes comme le solaire thermique couplé à un chauffage au bois ou une chaudière à condensation font partie des solutions les plus avantageuses sur le plan réglementaire (exigences moindres) et fiscal (crédit d’impôt).

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Les quelques murs non isolés (les mieux exposés) représenteront environ 20% des déperditions de chaleur l’hiver, ce n’est pas négligeable mais cela laisse tout de même 80% des déperditions imputées aux ouvertures (fenêtres et portes), aux sols et toitures ainsi qu’aux autres murs.

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Donc la solution consiste d’abord à réduire au minimum les 80% de déperditions restantes en :

- Isolant parfaitement les sols, planchers, toitures et murs restants (nord et ouest).

- Posant des menuiseries NF étanches à l’air (marquées du logo Acotherm, classement : TH5 minimum) et pourvues de double vitrage NF, certifié Cekal, à isolation renforcée « V.I.R ».

Compenser les déperditions de chaleur avec des énergies renouvelables

Naturellement, choisir des menuiseries de qualité et isoler les sols, les planchers, les toitures et le restant des murs, ne permet pas de se passer de chauffage en hiver. Il faut donc prévoir un mode de chauffage très économique à l’usage.

Par exemple :

- Installer un mode de chauffage solaire sur plancher chauffant (système qui est parfaitement au point aujourd’hui) et optimiser l’apport de chaleur au pied des murs pour atténuer l’effet « paroi froide » (en resserrant les tuyaux du plancher chauffant le long des murs et des ouvertures). Quasiment gratuit à l’usage, il faut néanmoins faire attention à l’intégration des panneaux solaires (installation au sol).

- Installer une pompe à chaleur (P.A.C) air/eau sur plancher chauffant.
Ce système permet un bon compromis entre l’intégration paysagère (pas de matériel sur le toit) et la consommation d’énergie.

- Compléter par un chauffage au bois performant et à feu continu (quand le solaire ne suffit plus).

- Installer une ventilation mécanique contrôlée (VMC) éventuellement couplée à un puits provençal si le terrain le permet.

Certes le coût de ces installations est assez élevé mais, il ne faut pas oublier que l’on peut bénéficier d’un crédit impôt non négligeable de la part du gouvernement en plus d’un moindre coût à l’usage.

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En Provence, la pierre est le matériau bio-climatique idéal

La pierre permet de composer avec le climat en consommant le moins d’énergie possible pour un confort équivalent.

Le charme de ces habitations en pierres, le confort qu’elles nous apportent et leur contribution à préserver nos paysages doivent nous faire reconsidérer l’acte de bâtir aujourd’hui.

Œuvrons pour un habitat durable, sain, écologique, climatique et parfaitement intégré à nos villages et à notre environnement.

La pierre des champs, celle provenant des fouilles du chantier ou de la carrière locale est un matériau économique, facile à mettre en œuvre et qui inspire la créativité.

Jean-Jacques Lohier
www.batir-provencal.com

Constructions en pierre sèche dans le Var

14 septembre 2007

Les constructions en pierre sèche constituent un patrimoine rural important dans le Var. Il est la mémoire de l’activité agricole du XVIè au XIXè siècle, du travail de la terre, des hommes et des paysages qu’ils ont forgés. Pour vous donnez l’envie de restaurer, préserver, comprendre et redonner vie à ces constructions des plus petites aux plus imposantes, voici quelques exemples des constructions en pierre sèche dans le Var et dans le pays de Fayence.

Restanques

Les restanques

Ces murs de soutènement ont permis de travailler la terre en terrasses dans des zones pentues à 30%. L’eau est rare, la restanque joue un rôle de drains et le sol résiste ainsi au ravinement causé par les gros orages. Les murs créent un micro-climat: la chaleur emmagasinée dans la journée est restituée la nuit, le vent est brisé. Sur les versants ensoleillés les paysans varois cultivent le blé, l’orge, le seigle, la vigne, l’olivier et les amandiers. Sur les versants à l’ombre: les fèves, les pois chiches, les haricots et les pommes de terre. La construction en pierre sèche était réalisé par les paysans ou par des maçons spécialisé, les emparedaires ou muraiaires. La pierre apprivoisée doit être entretenue, à présent ce patrimoine un temps abandonné avec la désertification des campagnes doit être patiemment sauvegardé. Pour re-monter un mur, il faut une bonne base, à 10 cm au dessous du niveau du sol, large avec les plus grosses pierres dessous et beaucoup d’espace derrière, rempli de petites pierres, pour que l’eau puisse ruisseler le le mur résister à la poussée de la terre. Avec un fruit (la pente du mur) de 15 cm par mètre, le mur est solide et beau.

Les cabanes et bories

Les cabanes en pierre sèche du Var ont été construites entre le XVIè et le XIXè siècle. Leur usage est lié aux anciennes cultures pratiquées sur les restanques. Construites sur des lieux cultivés éloignés des villages et des fermes, elles servaient d’abris temporaires aux cultivateurs, procurant à ces derniers fraîcheur en été et leur servant de couchage pour plusieurs jours lors des grands travaux agricoles. Elles le protégeaient aussi du mistral et des autres vents froids avec leur entrée évitant l’ouest. Certaines cabanes en pierre sèche servaient d’abris aux charbonniers de bois, très nombreux dans le Var. La cabane varoise est de modeste dimension (5m de diamètre, 3m de hauteur, ses murs dépassent rarement 1m d’épaisseur), généralement ronde et ramassée: elle ressemble à un igloo de pierres. La voûte est bâtie selon la technique de “l’encorbellement”: le toit est composé de lauzes assez plates, encorbelées et inclinées vers l’extérieur afin de garantir son étanchéité et sa stabilité. Les cabanes rectangulaires, possèdent un toit en tuile ronde ou en carène renversée, une cheminée, un étage avec une petite écurie.

Les fours

Les fours à cade, à poix, à chaux ou à plâtre: la forêt varoise à fait l’objet d’une exploitation par un artisanat paysan du bois qui produisaient à l’aide de fours en pierre sèche de l’huile de cade (nom provençal du génévrier oxycèdre) aux vertues médicinales, la poix pour le calfatage des bateaux, le chaux et le plâtre. Le gypse est extrait au pic dans des carrières à ciel ouvert puis cuit au bois pendant 12 heures dans un four à une température de 60° à 200°. Il était ensuite broyé et passé dans un moulin. On tirait 3 qualités de plâtre: plâtre à hourder et plâtre à enduire: utilisé dans l’habitat traditionnel pour les enduits extérieurs et intérieurs (planchers, placards); plâtre à mouler utilisé pour les décors domestiques (gypseries). La chaux est obtenue en chauffant à plus de 900°C du calcaire dans un four en pierre sèche. Elle servait à la fabrication du mortier, utilisé comme liant en maçonnerie.

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La calade

Le sol de pierre non taillées, fortement serrées les unes contre les autres ressemble à une muraille en pierre sèche qui serait bâtie à l’horizontale. La calade favorise la respiration des sols. Dans les villages construits à flanc de colline, les rues en calades perméables permettent l’écoulement des eaux lors des fortes pluies. Les pierres des rues et des chemins caladés sont posées sur un sol enterre battue. Les anciens avaient besoin de solides chemins pour assurer leurs déplacements, celui de leurs animaux et de leurs charrettes. Les calades étaient entretenues régulièrement, chaque pierre déchaussée était aussitôt remplacée.

Patrimoine rural d’hier, la pierre sèche est à présent une solution écologique pour construire de façon durable et intégrée dans le paysage. Afin de répondre à la demande des particuliers ou des collectivités, la Chambre des Métiers du Vaucluse et LITHOS-Maison de la Pierre Sèche ont entrepris un recensement de tous les professionnels de la pierre sèche, et constituent un référentiel de formation et un guide de recommandations techniques. l’Association de Sauvegarde du Patrimoine en Pierre Sèche du Var (ASPPSV) mène des actions d’étude, d’inventaire, de publication, de restauration et de sorties sur le terrain. L’association délivre des conseils techniques, prends part bénévolement à la restauration de constructions remarquables et donnent vie à des cabanes, apiés, abris, fours et puits.

Bibliographie

La Restauration des murs de soutènement de terrasseLa Restauration des murs de soutènement de terrasse.

Calades : Les sols de pierre en ProvenceCalades : Les sols de pierre en Provence.

Climatisation naturelle: le puits provençal

10 septembre 2007

Le puits canadien (ou le puits provençal) permet de rafraichir une maison sans consommation d’énergie. Le principe est relativement simple: le puits est constitué d’une canalisation enterrée dans le jardin, l’air qui est prélevé à l’extérieur (par exemple à la température ambiante de 30°), en traverssant cette conduite est naturellement rafraichi par la temperrature de la terre et lorsqu’il arrive dans la maison, il permet d’abaisser la température de 5 à 8° (température intérieure 25°). En hiver, le principe est le même: l’air froid hivernal est réchauffé par la température de la terre et contribut en appoint à chauffer la maison sans consommation d’énergie. Si la maison dispose d’une VMC (ventilation) l’aspiration de l’air se fera naturellement.